samedi 1 février 2020

Selva, pura bicicleta y Guatemala



“¿Todo pura bicicleta ?”. C’est l’expression qui revient toujours quand j’explique d’où je suis parti et où je vais. Ça me fait rigoler car tu as beau expliquer ton histoire, tu t’aperçois souvent à la fin de la conversation que les gens ne comprennent pas vraiment ce que tu fais. Sauf les militaires et policiers qui retiennent que je vais aller au Panama et que là-bas il y a les plus belles femmes du monde et que je ferais bien de continuer jusqu’à la Colombie car les « pepitas » y sont encore plus explosives. 

De la pura bicicleta je n’en ai pas manqué depuis San Cristobal, encore un petit rythme soutenu de presque 700 km en 5 jours. Si ça se trouve, j’aime le vélo. J’aurais pu filer plus rapidement et classiquement à la frontière guatémaltèque par La Mesia mais j’avais envie de découvrir des paysages de jungle et puis à force de retourner le problème dans tous les sens, j’ai un peu fait « plouf plouf ce sera par là que je passerai ».

Le premier soir sur les conseils d’un ami d’un ami d’un ami, j’ai trouvé un cenote un peu secret (gouffre rempli d’eau limpide à 24 degrés) que j’ai rejoins par un chemin détourné pour y passer la nuit seul et me baigner tout nu. 





Le lendemain, j’ai campé près des lacs de Montebello et Tziscao, situés au départ d’une route qui longe toute la frontière en remontant vers le nord.





En repartant, j’ai de suite senti dans le regard et les attitudes des gens qu’ils ne voyaient pas des cyclistes voyageurs tous les jours. D’un seul coup aussi je suis passé des paysages arides à une nature verdoyante, avec au début un mélange d’essences montagnardes et tropicales fantastiques. Au fur et à mesure que je perdais de l’altitude malgré les derniers soubresauts montagneux, la jungle s’est imposée et j’ai eu envie de me faire tout petit et discret tant ceci est nouveau pour moi. 







Parfois de l’isolement avec des grandes parties sans village ni voiture. J’ai pas fait beaucoup de photos, sauf à m’assurer que ne photographiais personne ni quoi que ce soit d’embêtant, aucune intrusion dans la vie privée et ne pas faire comme dans un zoo. Des panneaux à l’entrée de certains villages spécifiaient qu’il s’agissait de communautés zapatistes et que toute entreprise étrangère était bannie. 









Je n’ai rencontré sur mon chemin que des sourires et des gens prêts à aider. Des supers fruits et légumes et toujours les tacos et la Modelo Negro.



Pendant ce temps, sur la route qui mène à la même frontière mais en arrivant depuis Palenque, il semblerait qu’une voiture de touristes se soit faite assaillir. Toujours ce contraste entre le présent vécu et les sales histoires au loin, qui maintiennent malgré tout une petite pression dont il est difficile de s’affranchir mais qui protège peut-être. 
 
L’avant-dernier soir je me suis arrêté dans un petit bourg qui est à 1 km du Guatemala mais je n’ai pas emprunté cette frontière car en l’absence de poste de douane, je serais sorti facilement du Mexique et ça m’arrangeait avec mon autorisation de séjour expirée depuis longtemps mais me serais balader au Guatemala sans tampon d’entrée, encore un plan à la con, de toutes façons j’ai toujours été très mauvais en frontière, je crois que c’est un truc de famille.  






Je voulais faire un petit hommage aux “Topes” avant de sortir du Mexique mais des fois je sais plus quoi dire !












En arrivant à la Frontera Corozal, un endroit où seule la largeur du fleuve Isumacinta sépare les deux pays, je me suis présenté au poste de douane où j’ai tendu, l’air innocent, mon passeport et ma carte touristique de 7 jours. La préposée m’a d’abord dit que je devais aller à Palenque pour régulariser ma situation, 170 km). Là, j’ai du sortir ma fossette, celle qui, quand j’avais 5 ans, faisait, me semble t’il avoir compris, dire aux mamans du coin que j’étais le plus beau petit du monde. Je lui ai bien proposé de payer une amende sur le champ, qu’elle aurait pu garder pour elle, mais elle m’a dit qu’à ce poste frontière elle ne pouvait pas encaisser d’argent. Incorruptible et sympa, la classe. Puis, pour une raison incompréhensible elle m’a dit que je pouvais traverser mais qu’en entrant au Guatemala je devrais passer à la caisse du fait de ne pas avoir de tampon de sortie du Mexique. Le truc un peu bizarre, payer dans un pays pour un truc mal fait dans l’autre. Trois minutes plus tard j’étais dans la lancha pour traverser la fleuve. 






Deux minutes encore et j’avais changé mes pesos en quetzal dans la rue. De là, une piste de 15 km mène au poste de douane guatémaltèque. Comme j’ai d’abord cru que c’était une épicerie j’ai continué puis fait demi-tour pour trouver un officier qui 30 secondes plus tard m’avait apposé mon tampon du pays sans même me demander d’argent. Je me suis senti tout léger d’un coup et bienvenido a Guatemala. 





J'ai surtout eu beaucoup de chance car en 5000 km de Mexique, à aucun des nombreux postes de contrôle on ne m’a demandé mon passeport... sauf la veille de sortir, alors que j’étais bien loin de tout, où un chef zélé a voulu voir mon passeport et ma carte touristique mais il a lu 67 jours au lieu de 7 car c’était un 7 entouré au stylo et après cette belle démonstration de compétences face à ses collègues m’a laissé continuer tout en se demandant comment on pouvait faire tout ça en « pura bicicleta ». 

Le soir de mon entrée au Guatemala j’ai dormi dans un tout petit village à côté du poste de douane, dans la comunidad de Bethel, où Prospero et son épouse m’ont proposé un bout de jardin pour mettre ma tente, puis j’ai mangé avec eux. 



Sur le terrain de foot ça jouait sérieux entre nanas et j’ai de suite senti au travers de pleins de choses que j’étais dans un autre pays, bien loin de chez moi. L’immigration et les droits des migrants étaient mis en exergue sur les murs. 







Pour faire ce voyage j’ai juste la chance d’être né là où je suis né, j’y pense tous les jours. Surtout quand la police me laisse la voie libre avec le sourire. 

Sur cette question, j’ai souvent été interloqué au Mexique par, malgré la gentillesse des gens que j’ai rencontré, un racisme non dissimulé envers ceux qui remontent d’Amérique Centrale. Les télés matraquent avec ça aussi. Les ricains détestent les mexicains, ces derniers détestent les Honduriens et Salvadoriens. Ainsi avance le monde depuis des millénaires, moyennant au passage des millions de morts, tant qu’une partie peut continuer à se vautrer dans la consommation et que les marchands d’armes vendent des armes. 

Je suis parti aux premières lumières de ce village frontalier pour finir à Flores la petite île cosy, des fois ça fait beaucoup de choses qui défilent vite mais je vois plein de détails qui font le voyage.





Cette journée de transition au Guatemala m’a mis un choc, c’était trop beau surtout sur la piste au début qui traverse des hameaux où tout le monde a l’air de rigoler et où les couples se serrent amoureusement sur les motos, les femmes débordant de féminité.

J’ai fait deux ou trois films ce jour-là et notamment rencontré un mec bizarre un peu mytho et un jeune drogué condamné. 












Là je suis posé à l’auberge de Jorge et Grethel à Flores. Alors lui, quand il est en terrasse, située à 10 m de la cuisine, s’il a envie d’une autre bière, il appelle ses employés avec un talkie-walkie.